Elizabeth Zimmermann : la révolution tricot

Elizabeth Zimmermann (à ne pas confondre avec Elizabeth Zimmerman ex-épouse du très pacifique président des Philippines Rodrigo Duterte auquel on doit « Si je deviens président, oubliez les droits de l’homme, ça va saigner » et la mise en œuvre de cette phrase), Elisabeth Zimmermann avec 2 « n » donc, née en 1910 en Angleterre est une grande dame du tricot : de son plus jeune âge jusqu’à sa mort, elle n’a eu de cesse de faire évoluer et d’encourager la pratique du tricot. Designer, écrivain, enseignante et animatrice de séries sur le tricot, elle a littéralement révolutionné la manière de tricoter.

Née d’un père officier dans la marine et d’une mère qui lui a sans doute donné le goût de l’invention puisqu’elle fonda elle-même « Meals by Motor », sorte de cantine roulante dont les armées se sont immédiatement inspirées, Elizabeth apprend à tricoter assez jeune, d’abord par sa mère et les femmes de sa famille, puis par sa gouvernante Suisse, qui l’initie à la méthode continentale. Elle fréquente ensuite diverses écoles d’art à Lausanne et Munich avant de rencontrer son mari. Contraint de fuir l’Allemagne nazie en 1937 à la suite d’opinions contraires à celles d’Hitler, le couple immigre aux Etats-Unis et s’établit dans le Wisconsin.

Liz, passionnée de tricot, met alors toute son énergie dans ce qu’elle considère à juste titre comme un art ancien, multiplie les rencontres et fait plusieurs constatations :

  • Les tricoteuses qu’elle côtoie ne mettent aucune fantaisie dans leur ouvrage et se contentent de suivre à la virgule près les patrons, sans jamais réfléchir vraiment à ce qu’elles font, ce qui l’ennuie beaucoup. De plus, elle considère les explications des patrons de l’époque comme trop confuses et inutilement compliquées.
  • La méthode continentale, appelée aussi méthode allemande, est tombée dans l’oubli simplement à cause de son nom, associé à l’Allemagne d’Hitler. En 1950, très rares sont les femmes qui utilisent la méthode continentale en Amérique, méthode qu’elle considère pourtant comme la manière la plus efficace et rapide de tricoter.

Really, all you need to become a good knitter are wool, needles, hands, and slightly below-average. Of course superior intelligence, such as yours and mine, is an advantage

Elizabeth Zimmermann

Elle devient alors designer / pédagogue, réhabilite et promeut la méthode continentale, mais également le tricot sans couture, en rond, qui nous est très familier aujourd’hui, mais quasiment inconnu dans les années 1950. Elle publie ses créations dans divers magazines dont Vogue Knitting et  Woman’s Day tout en s’efforçant de simplifier au maximum les instructions et d’adopter un langage simple, comme lors d’une conversation orale. Elle lancera plus tard ses propres publications et livres dont le plus connu est sans doute « Knitting without Tears » (littéralement « Tricoter sans larmes »), et, accompagnée de sa fille, regroupe ses publications, lettres d’informations et livres ainsi qu’une entreprise de fournitures de tricot et de laines sous le nom de Schoolhouse Press. Cette entreprise existe d’ailleurs toujours, dirigée par Meg Swansen, la fille d’Elizabeth.

Elle lance également des stages de tricot, sous forme de camps d’été, qui perdure aujourd’hui au Wisconsin, et lance une série de vidéos diffusées sur certaines chaînes américaines (vidéos encore disponibles aujourd’hui sur le site de Schoolhouse Press) qui révèlent une fois de plus sa grande pédagogie, sa facilité à transmettre son savoir et son humour. Pour exemple, une mise en scène appelée « tricot sans permis » montre Elizabeth tricotant à l’arrière de la moto que conduit son mari, se faisant arrêter par un policier. Bon, même si E.Z. savait tricoter à l’arrière d’une moto, je ne saurais que trop vous déconseiller cette double activité !

Sa contribution à l’art du tricot ne s’arrête pas là puisqu’elle consacre aussi son temps à l’invention de nouvelles techniques de patronage ou de points. Le plus connu des designers est sans doute l’ « EPS » (Elizabeth Percent System), formule permettant de calculer les dimensions  et le nombre de points à partir du gabarit et de la circonférence souhaitée, mais aussi le Pi Shawl, châle circulaire formé d’augmentations basées sur Pi (Je ne me lancerai pas dans de grandes explications sur ces techniques puisque je ne suis pas designer, mais si certaines veulent le faire en commentaire ou même en écrivant un article sur ce blog, elles sont les bienvenues.

Elizabeth Zimmermann a promu l’I-cord, nommé à l’origine « Idiot Cord » et rebaptisé ensuite pour ne vexer personne !!

Tout au long de sa vie, elle a côtoyé de simples tricoteuses, des designers ou artistes, comme Kaffe Fassett ou Nancy Thomas, avec le même désir de transmettre sa passion, de rendre le tricot simple et amusant et de développer la créativité.

Elle s’est éteinte en 1999 à l’âge de 89 ans en laissant un énorme héritage pour les tricoteuses du monde entier, et sa fille Meg Swansen continue à diffuser sa vision des choses et son œuvre.

Ci-dessus l’une des rare vidéo où l’on peut voir et entendre Elizabeth Zimmermann.

Auteur: Heidi

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